Paysage du Yukon

Pathways : Les familles au cœur de la quête de dignité et de justice pour les FFADA2E+

Durant des décennies, des familles, des survivantes et survivants et des communautés autochtones ont défendu avec ardeur la cause des femmes, des filles et des personnes bispirituelles+ disparues et assassinées (FFADA2E+).



« Pendant des années, des familles, des survivantes et survivants et des communautés ont multiplié les appels à la justice, affirme Jeanie McLean, ministre responsable de la Direction de la condition féminine et de l’équité des genres. Ces personnes demandaient aux gouvernements de reconnaître le problème et de mener l’enquête. »

En juin, le Comité consultatif du Yukon a publié le Plan de mise en œuvre Changer la donne pour défendre la dignité et la justice : la Stratégie du Yukon sur les FFADA2E+. Ce plan représente une étape importante vers l’élimination des problèmes systémiques menant à la violence contre les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones.



Centré sur la vérité

Selon la ministre McLean, la vérité était au cœur du travail de l’équipe de l’Enquête nationale, car sans vérité, il ne peut y avoir réconciliation.

« Nous savions qu’avant même de penser à la réconciliation, il fallait réellement comprendre l’histoire de la colonisation au pays et au Yukon, et transmettre cette compréhension à la population canadienne. »

Doris Bill, coprésidente représentant les gouvernements des Premières Nations du Yukon, affirme que pour les survivantes et survivants, la guérison passe par la vérité.

« Dans les pensionnats, on nous apprenait à dissimuler la vérité – à ne rien dire à personne, à tout refouler. Donc pour nous, dire la vérité, c’est énorme. Ça veut dire qu’on a plus à porter ce fardeau en solitaire. »



La décolonisation du travail

Le Comité, qui compte trois personnes à la coprésidence, représente les familles, les survivantes et survivants, les Aînées et Aînés et les trois organismes pour femmes autochtones du Yukon.

Le plan de mise en œuvre a été préparé par ses membres au moyen d’une approche décolonisée et communautaire.

Le Comité a utilisé cette approche axée sur les perspectives des familles et des survivantes et survivants pour élaborer la stratégie, avec l’appui du gouvernement du Yukon, par l’entremise de la Direction de la condition féminine et de l’équité des genres.

La ministre McLean affirme que le rôle du gouvernement dans la décolonisation est d’être à l’écoute pour mieux comprendre la vérité.

« Nous devons entendre la vérité pour comprendre pleinement les erreurs du passé et pourquoi les peuples autochtones se méfient toujours des gouvernements, dit-elle. En écoutant et en reconnaissant la vérité, nous adoptons une attitude plus empathique à l’égard de l’histoire de la colonisation et nous comprenons mieux comment faire changer les choses. »

Pour Ann Maje Raider, directrice générale de la Liard Aboriginal Women’s Society et coprésidente représentant les organismes de femmes autochtones, la décolonisation passe par l’action, l’engagement et la responsabilisation du gouvernement.

« Personne ne veut d’un autre rapport qui prend la poussière. Les gens veulent un document d’action vivant et fluide qui provoque le changement. »

Manu Keggenhoff/gouvernement du Yukon


Les familles d’abord

Pendant des années, les familles des femmes, des filles et des personnes bispirituelles+ autochtones disparues et assassinées ont répété le slogan « rien sur nous sans nous ».

Selon Ann, pendant trop longtemps, les gouvernements ont dicté les actions et le cours des choses. Elle explique que la stratégie a changé la donne.

« Nous devions faire appel à des spécialistes, en l’occurrence aux familles ayant traversé cette épreuve. Ce sont elles qui nous ont aidés à déterminer la marche à suivre; elles sont au cœur de tout. »

La ministre McLean abonde dans le même sens.

« L’une de nos principales priorités est de tenir les familles au courant et d’être responsables envers elles, mais aussi les uns envers les autres. Nous les avons écoutées et leurs propos se retrouvent dans la stratégie. »

Le Comité a tenu les familles informées tout au long du processus. À l’été 2020, il a organisé deux rencontres avec elles avant la publication de la stratégie finale en décembre la même année.

Les rencontres visaient à faire le point ainsi qu’à écouter les familles et à recueillir leurs commentaires.

Le Comité s’est rendu dans plusieurs localités pour vérifier que les familles avaient pris connaissance du plan avant sa publication.

Pour la ministre McLean, tenir les familles informées est important.

« La stratégie comprend un cadre sur la responsabilisation – c’est une grande partie du travail. »

Le Comité a tenu son premier forum sur la responsabilisation en mai dernier; le prochain devrait avoir lieu en octobre 2023.



Une approche pour l’ensemble du territoire

Les partenaires de la stratégie et du plan de mise en œuvre comprennent les 14 Premières Nations du Yukon, les 8 municipalités du territoire, les gouvernements du Canada et du Yukon, des organismes autochtones et des politiciennes et politiciens.

Doris affirme que pour assurer le succès de la stratégie, tout le monde (familles, alliées et alliés, partenaires) doit s’unir.

« Tout repose sur l’établissement de relations solides de bonne foi, déclare la ministre. Pour pouvoir résoudre certains de ces problèmes, il faut avoir des partenaires et ne faire qu’un en tant que communauté – tout le monde a un rôle à jouer. »

Elle ajoute que le changement systémique au Yukon ne peut être l’affaire d’un seul organisme ou gouvernement.

« Il faudra de multiples partenaires capables de repérer les lacunes et d’aider plusieurs organismes à collaborer pour concrétiser une vision commune. »

L’approche du Yukon tout entier transcende les industries et les secteurs, les régions et les partis politiques, mais aussi les générations.

Selon Doris, le Comité doit énormément aux femmes autochtones qui ont fait en sorte que la question ne soit pas jetée aux oubliettes.

« Elles ont travaillé si fort et lutté pendant si longtemps pour résoudre certains de ces problèmes. Il est temps que les gouvernements et les dirigeantes et dirigeants agissent et prennent en charge une partie de ce travail afin de faire avancer les choses pour elles. »

Ann abonde dans le même sens.

« Nous souhaitons toutes et tous, au plus profond de nous-même, la fin de la violence. Nous ne voulons pas laisser le problème à nos enfants et petits-enfants. La violence doit cesser et nous demandons justice. »



Mise en œuvre du plan

En juin, le Comité a tenu un forum technique sur le plan de mise en œuvre avec les partenaires et les contributrices et contributeurs. Il a demandé à ses principaux partenaires de présenter le plan à leurs organismes afin qu’ils déterminent comment chapeauter les étapes importantes ou y contribuer.

La Direction de la condition féminine et de l’équité des genres prépare actuellement des modèles de suivi pour vérifier si les ministères et les partenaires de la stratégie atteignent les cibles du plan.

Doris explique que le plan peut être intimidant dans son ensemble, mais que d’en confier de petites parties aux différents partenaires en facilite la gestion.

« Il est possible de diviser le travail en fonction des capacités de chaque organisme », renchérit-elle. Doris exhorte la population à « en faire un peu à la fois, mais à faire quelque chose ».

Elle a bon espoir que des solutions seront mises en place pour aider les familles et les survivantes et survivants à l’avenir.

Cet automne, le Comité et ses partenaires entameront la mise en œuvre du plan. Le travail consiste à assurer sécurité, soutien et équité aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles+ autochtones pour faire du Yukon un endroit sûr.



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